dimanche 22 avril 2018

Que viennent les grands vents

Le printemps succède à l'hiver.
Le temps passe.
Le beau temps chasse les nuages et les vents deviennent souffles tièdes. 
Me restent de l'hiver quelques souvenirs que ravive le moindre mistral.
Restent en moi, finalement toutes les saisons 
et toutes les rumeurs qui les singent.


Que viennent les grands vents, je veille ….
Écoutant, la nuit, les bras des arbres, battus de blizzards.

Alors, derrière mes yeux clos :
S’élaborent des symphonies de couleurs fades
Posées sur les voiles, sans substance, du temps...
S’élèvent d’involontaires imageries…

Elles dessinent des sortilèges desquels riraient les enfants!
Folies qui fusent et filent, portées par les bourrasques.
J’écris sur les ailes d’oiseaux imaginaires
De pompeux mensonges d’espoirs
Que personne ni n’entend, ni n’écoute :
D’ambitieuses sentences où hisser mes pas.

Puis se tait l’Inutile flot de paroles futiles,
Au cœur vivant desquelles tonne
Le Silence caché sous des nuages d’ouate ;
Et déjà se gravent des vœux de paix,
Qui, en moi, un instant, jouxtent au tonnerre des canons :

S’y racontent, comme on crie sa peine,
Comment chacun huile, à l’infini, sa colère :
Ce soc carnassier du labour des hommes,
Cette folie aveugle de son élan sans pitié.

Ne me reste plus qu’à percevoir, dans la pause de la tempête,
L’annonce d’un droit futur, pour tous, 
A une vie plus simple peut-être,
Plus pleine, je l'espère!

Serge De La Torre  Le 17/04/2018
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http://decoeuretdencre.blogspot.fr/

samedi 3 mars 2018

L'esprit d'un Atelier d'écriture

C'est l'esprit d'un atelier d'écriture que de démystifier le travail de l'auteur, voire du créateur en général .
Dans un tel atelier s' engagent des auteurs, en général amateurs, qui s'inscrivent sur les traces de plus grands auteurs qu'eux : mais Il n'y a pas de grande différence de nature entre l' écrivant et l'écrivain, simplement une conscience différente des techniques chez les seconds, ainsi qu'une pratique de l'art d'écrire, plus consciente ou qui normalement se voit un peu plus : juste donc une certaine différence d'engagement .
Parfois, il ne s'agit que d'une différence de statut social, d'inscription de l'auteur (de l'artiste professionnel) dans des circuits (réseaux de relations) commerçants qui n'ont pas autant à faire avec l'Art que l'on croit et parfois beaucoup avec la préservation d'un milieu ou d'une élite, d'un système établi par une structure commerciale qui ne dit pas toujours son vrai nom ou se cache (se nie avec la complicité du créateur) pour ne pas être trop visible .

C'est Albert Jacquard (lors d'une conférence à Dieulefit -26) en 2005, que j'ai entendu dire que nous sommes tous des fruits d'un réseau.
Et je n'ai jamais connu homme, apparemment plus fragile, plus modeste et simple que lui. Mais souvent la faiblesse est une grande force et la sienne était de celle-là.
Tout le monde n'est pas Albert Jacquard mais Albert Jacquard s'affirmait comme étant comme tout le monde, comme et avec le plus simple et le plus pauvre d'entre nous. Son engagement et sa vie l' ont prouvé.
Cette intelligence, cette humanité qui sont devenues les siennes : il disait les devoir à tous ceux qu'il a croisé, la totalité de son réseau de vie, en somme.
Je préfère lui ressembler que prétendre à une nature qui serait surhumaine, parce que touchant au domaine de l'Art (Dieu me garde de l'orgueil à la Salvatore Dali qui nous guette tous et toujours!), et je préfère, ne jamais m'oublier comme très ordinaire, c'est à dire très redevable à tous ceux qui font la vie qui est la mienne..

Je veux l'affirmer haut et fort, toujours !
Quoi que je fasse ou écrive, quelque soit le regard que l'on me porte! Que j'ai écrit et/ou édité, au moment de mourir, un, deux, dix livres ou frisé le Prix Nobel. :)

mercredi 28 février 2018

Qui écrit en moi, quand j’écris, et pour qui?



Se préoccupe-t-on du destinataire dans sa pratique artistique ?

Une amie de plume a semblé choquée dernièrement de lire sous la plume d’Umberto Eco dans l’« Apostille au nom de la rose » :

« On écrit en pensant à un lecteur. Tout comme le peintre peint en pensant au spectateur du tableau. Après avoir donné un coup de pinceau, il recule de deux ou trois pas et étudie l’effet : il regarde le tableau comme devrait le regarder, dans des conditions de lumière appropriée, le spectateur quand il l’admirera, accroché au mur. »

En fait, lui importait sans doute moins l’écrivain pensant à un lecteur, mais beaucoup le peintre soucieux de l’effet tel que le verra le spectateur quand il l’admirera, accroché au mur.


 Pour elle, non ! En peignant, le peintre n’est pas préoccupé du spectateur. Surtout pas, et jamais de l’effet de son travail sur celui-ci ! Elle estimait avoir assez pratiqué les peintres (avoir été très proche de l'un d'eux), pour pouvoir affirmer « apparemment sans doute possible ! »,  que les peintres ne se préoccupent pas de quelque autre personne que d’eux-mêmes (à savoir uniquement de leur inspiration : soit primo de l’image intérieure de leur œuvre en projet, et secundo de leur œuvre en cours de réalisation en face d’eux en lien avec primo) .

Je lui ai, bien sûr, fait remarquer, qu’il n’en est pas moins content, ce peintre,  qu’"in fine", on le lui achète son tableau: ce qu’elle admit, mais sans revenir sur la primauté "étonnamment absolue,  sans partage", au moment de la création, de cette seule recherche de l’adéquation du tableau extérieur à réaliser avec une image intérieure de celui-ci.
Et  tout cela me semblait assez vraisemblable, puisqu'elle le disait. 
Sans l’être totalement, pourtant! Je ne voulus pas prêter plus grande attention à mon doute à ce moment-là, du fait que mon expérience de la peinture, ne me permettait pas de trancher avec certitude, face à sa confiance. 

Le recul pourtant  me ramène à me poser la question, dans un champ que je connais mieux que l'art pictural, celui de la création littéraire et de l’écriture.

Écris-je, en pensant à un lecteur ?  

Un auteur peut-il, totalement, dans sa création, s’abstraire de la situation sociale, sociologique de l’écrivain engagé dans son temps, ou dans la simple situation de communication dans laquelle il se trouve avec l’extérieur (éditeur, réseaux d’auteurs, lecteurs, autres auteurs …), lorsqu’il écrit ou simplement s’entretient au travers d’un écrit avec ses lecteurs ?

Alors que je suis en train d’écrire cet article, suis-je seulement en train d’écrire ou d’écrire à quelqu’un ? Cela est-il incompatible avec le fait de rester dans la parfaite osmose avec ma seule vérité intérieure, ma dynamique créative?

Que je ne sois pas en train d’écrire pour simplement plaire à ce quelqu’un à qui je m’adresse, il faut bien en convenir; que je n’écrive pas, pour précisément, satisfaire son goût du connu, je suis bien certain de ne pas le faire;  ni bien sûr,  pour directement provoquer son acte d’achat et par la même la rétribution de mon effort, j’en conviens aisément aussi.
Je n’appliquerai jamais, moi non plus, la « recette à trois sous », le truc, sensé me garantir le best-seller de l’année et donc la recette miracle qui fait vendre, je refuse certes de céder à la mode, en traitant de sujet porteur du moment, en apportant, consciemment ou non, les réponses que l’opinion  attend afin de m’assurer des ventes.


L’auteur n’écrit pas pour plaire à son lecteur, c'est certains: il faut bien que se trouve, pour ce dernier, quelque chose dans la chose écrite par l’auteur qui le conduise à ce qu’il ne sait pas encore de ce qui est traité.
Sinon où serait le divertissement le "profit ou le contentement" que recherche le lecteur dans le livre
Mais l’écrivain peut-il pour autant écrire totalement, sans avoir le souci de le rencontrer, d’entrer dès la mise en forme de l’œuvre, le style ( par exemple par le ton qu’il lui donne!) ou une fois son œuvre achevée, dans un certain échange avec le lecteur ? J’en doute.
Écoutons Jean Teulé : « Il faut qu’un livre fasse rire, peur, bander » .

Un auteur, comme un peintre est dans un statut sociologique (une mission, une fonction) qui le fait, espérer cette rencontre entre lui, l’artiste même solitaire qu’il est et l’amateur de son art qui – finalement- à un endroit ou un autre, lui rendra rétribution de son investissement : qu’il recherche le respect, la reconnaissance, l’admiration, ou une rétribution plus sonnante et trébuchante.


D’ailleurs, que l’auteur (et l’artiste en général) oublient d’avoir conscience de cet aspect de sa pratique, au moment précis de sa création, je veux bien le comprendre, et le croire!
Il y a bien dans ce moment singulier de la création, assez à faire avec la technique : 

(Que dirait la jeune épouse (et la moins jeune aussi!), si au moment de faire l’amour, elle sentait son amant penser à ce qui lui reste à payer au  traiteur ou au percepteur ? ».

Nul ne contestera la vacuité nécessaire de l’esprit pour se mettre en présence du sujet de son inspiration ! Que dire de la nécessaire disponibilité artistique à ses émotions, savoirs techniques, images et arrière-plans dans laquelle toute œuvre réelle s’origine.

Il faut bien là, en effet s’abstraire de toute contrainte extérieure plus triviale.
Mais la technique, la forme artistique que l’on se choisit est déjà sociale, est déjà un choix de forme de communication et d’échange.

La présence attentive de l’artiste aux diverses contraintes techniques du moment d’élaboration de l’inspiration n’exclut pas le spectateur au contraire, elle l'englobe comme un a priori.
L’artiste est certes dans une démarche de nature spirituelle (au sens d’en lien avec son esprit, son art et sa réflexion sur celui-ci). Cette démarche peut être plus ou moins méditative et réfléchie d’ailleurs, mais elle reste imprégnée de social, de relationnel et de la vie de tous les jours, jusque dans sa négociation du trivial. 
Quand faire la pose nécessaire ? Quelle organisation concrète, puis-je mettre en place pour ma pratique artistique ? 
Réaliser l’intuition créatrice, qui lui est venue, n’est jamais éloigné du concret et du réel des choses, quoi qu’il en dise.

Pour le peintre, les problèmes de séchage des diverses couches de matériaux (temps, ordre d'application...), les contraintes de mélanges, d’équilibre du sujet sur la toile (proportions...) pour n’en citer que quelques-uns.
Pour l’auteur, les contraintes de chronologie, de cohérence, de point de vue, de style, de développement du ou des personnages au travers des scènes de son récit, si c’est une fiction qu’il écrit.

Et puis quoi peut-on croire que la création ne s’inscrit pas dans un contexte déjà déterminé ( si je veux être lu, du moins faut-il par exemple que j'écrive dans une langue que l'on comprenne, dans des formes toujours au moins un peu déterminées par les usages et les outils de la création !). L'art est assez fortement déterminé par le statut de l’artiste dans son époque, l'état de ses finances aussi, sa relation à l’édition, au galeriste, à l’acheteur éventuel . 


Et qu’à tout moment, et sans faiblesse, tout se fait pour l’homme de l’art, dans un tel état de grâce, dans un telle sorte de transe de pureté créative ou de détachement éthéré, qu’il ne fasse, en aucune façon,  au moins un peu, dans l'esprit de son temps, ce qu’il sait de la culture où il baigne, de ce dont il a l’expérience en fait d’humains de son époque, je ne parviens que très douteusement à le croire.
En adhésion avec l'art de son temps, ou en rupture avec lui, on n'est jamais hors du monde.
 Il est donc clair qu’il y a bien plus de monde en présence dans l’athanor de l’alchimie créative que l’on ne peut penser de prime abord.
De là naît ma question :

Qui écrit en moi quand j’écris, et pour qui ?

Je ne valide donc pas ce spiritualisme artistique qui voudrait que l’inspiration ne me vienne (entendez aussi : ne vienne à l’artiste !) que d’une source céleste, que d’un au-delà plus ou moins éthérique, que d’une énergie supra-cosmique - ou autre imageries improuvables de réalités transcendantes - qui se matérialiseraient par le médium de l’artiste et se réaliserait par lui dans la matière (le texte ou le  livre écrit, la toile achevée …)
Non, je dirai plutôt pour ma part, que la création artistique naît, plus simplement, d’une synthèse créative, incertaine, surprenante, bouleversante parfois, mais humaine toujours :  qui se fait entre les contraires inhérentes à la nature de l’artiste, en réponse à un souci d‘homéostasie de sa nature. 
J’écris, je crois, (comme peint l’artiste- peintre, ou compose le musicien), en effet, par besoin intérieur de le faire, par quelque rage ou quelque nécessité de m’exprimer en une certaine forme donnée : celle que m’a donnée de développer ma nature, mon éducation, ma formation littéraire, mes expériences antérieures …  
Mystérieux et fort insaisissable moment, j’en conviens ! Peut-être finalement forme exprimée de quelque tout Autre inconnu de ma personnalité connue

Oui, dans mon acte créateur se coagule, se cristallise l’essentiel de ce que je suis dans une manifestation personnelle, dans un instant donné.Peut-être finalement forme exprimée de quelque tout Autre inconnu de ma personnalité connue jusque là.

Cet essentiel concentré de l’homme-auteur ou de l’homme-peintre... , somme de tout ce qui les anime (que j’en sois conscient ou non !) , se trouve alors mis en projet, en symbole, en épiphanie : une impression, une émotion, une idée inspirée, une forme cherche à se faire jour , à parvenir à ma conscience, (et à la conscience de nombreux autres à travers moi et en direction de l’autre: du fait de ma position ou du réseau social où je suis inscrit).

Car, oui, j’estime que l’auteur est un porte-voix d'une humanité en recherche d'elle -même pour ses lecteurs, un créateur d'influence littéraire, et le peintre un porte-vue (influenceur esthétique pour ceux à qui l’œuvre picturale parlera)… 

Oui, cela fait de toute façon déjà, par-dessus l’épaule du peintre, comme par-dessus l’épaule de l’auteur, beaucoup de monde qui semble lui souffler à l’oreille, au cœur des choses à dire, à faire, à créer, à transmettre.

Que l’on pense par exemple qu’il n’y a pas d’art qui ne puisse se réaliser sans science et connaissance de l’art au moment de la création , qui ne puisse entrer dans la réalité de sa forme sans technique apprise (la fameuse chaîne de nos maîtres) : voilà que se rajoute encore à la foule des bavards déjà repérés plus haut et qui pressent l’artiste (même s’il faut bien à l’artiste, dans sa méditation momentanée de l’objet projeté, tenter de couvrir leurs voix).
Oui, d’autres voix (culturelles, mais bien réelles), d’autres éléments [Zeitgeist : esprit(s) du temps] s’activent autour et dans la psyché de notre solitaire créateur.
Et toutes ces voix, si elles ne sont pas prises en compte feront échapper l’artiste à son objectif.
En revanche, s’il ne sait être à l’écoute organisatrice des diverses contraintes, influences, voix et pressions qui l’habitent -ou même parfois le pressent sous forme de personnages extérieurs réels-, alors il ratera son objectif artistique et ne fera que du commercial et n'apportera jamais aucune création véritable à son public.

Oui, le peintre n’applique pas la matière présente sur sa palette avec la seule pensée que l’effet qu’elle produira, réalisera la vente. Que sa pratique immédiate le rendra célèbre ou bien riche… Que telle forme esthétique et technique est la garantie d'un effet donné sur le spectateur, il ne peut que l'approcher de loin son spectateur

Mais Van Gogh affamé et sans pain, est-il obligé d’être sans préoccupation à chaque instant où il tient son pinceau, même en état de création, est-on certain qu'il échappe à son humanité ? 
On tendrait plutôt à réduire l’humanité complexe des artistes à un simplisme qu’ils n’ont pas.

Suis-je obligé d’ignorer que mon travail à besoin d’être le meilleur possible, certes selon mes propres et subjectifs critères, mais ne sont-ce que les miens? Et d’où donc me viennent-il sinon du monde des hommes, de la connaissance que j'ai d'eux ...? N’émergent-ils pas, de ce que je sais ou crois savoir de mon art, et de ce qu’en serait la maîtrise ou la perfection ? 
Faut-il que je me contraigne à la perte totale de contrôle de mon acte créatif , sous prétexte que sinon, je me préoccupe trop de viser une certaine qualité de réalisation, ou d'effet chez mon spectateur ? faut-il que je me tienne honteux de n'être pas totalement inconscient de l'impact que je peux avoir par mes actes créatifs et esthétiques sur mes semblables. 


Oui, pour l’artiste en général et donc aussi le peintre, je rejoins Umberto Eco qui dit de l’auteur:
« Au cours de l’élaboration de l’œuvre, il y a un double dialogue : celui entre ce texte et tous les autres textes écrits auparavant (on ne fait des livres que sur d’autres livres et autour d’autres livres) et celui entre l’auteur et son lecteur modèle.
 Que l’on croit s’adresser à un public qui est là, devant la porte, prêt à payer, ou que l’on se propose d’écrire pour un lecteur à venir, écrire c’est construire, à travers le texte, son propre modèle de lecteur. »

Et oui, je le rejoins encore lorsqu’il ajoute :

« Y a-t-il un écrivain qui écrive pour la seule postérité ? Non, même s’il l’affirme, parce que, comme il n’est pas Nostradamus, il ne peut se représenter la postérité que sur le modèle de ce qu’il sait de ses contemporains.
Y a-t-il un auteur qui écrive pour peu de lecteurs ? Oui, si par là on entend que le Lecteur Modèle qu’il se représente a, dans ses prévisions, peu de chances d’être incarné par la majorité. Mais, même dans ce cas, l’auteur écrit avec l’espoir, pas si secret que ça, que son livre crée le nombre, qu’il y ait beaucoup de nouveaux représentants de ce lecteur désiré et recherché avec tant de méticulosité artisanale, postulé et encouragé par son texte.
La différence, s’il y en a une, peut résider entre le texte qui veut produire un lecteur nouveau et celui qui cherche à aller à la rencontre des désirs des lecteurs de la rue.
 Dans le second cas, nous avons un livre écrit et construit selon une recette pour produits de série, l’auteur faisant une sorte d’analyse de marché et s’y adaptant.
Mais quand l’écrivain opte pour le nouveau et projette un lecteur différent, il ne se veut pas analyste de marché faisant la liste des demandes exprimées, mais philosophe qui entrevoit intuitivement les trames du Zeitgeist.
 Il veut révéler à son public ce que celui-ci devrait vouloir, même s’il ne le sait pas. Il veut révéler le lecteur à lui-même.
Un texte veut être une expérience de transformation pour son lecteur.

Et il ne fait aucun doute pour moi que ce qui vaut pour le poète et l’écrivain, vaut bien aussi pour le peintre et ce, quoi que l’on attende de celui avec qui l’on partage son œuvre, que ce soit un « J’aime » sur un réseau social, un bravo quelconque ou un chèque à cinq ou six chiffres, déposé sur son compte en banque.
  
"Un tableau veut être une expérience de transformation pour l'esthète qui le contemple"

 Peut-être faut-il simplement un peu de courage pour descendre l'artiste de son nuage, lui ôter son voile d'angélisme et l'aider à se bien voir en face,  jusque dans ses souhaits de reconnaissance (même rares et réservés à ses horaires de pauvre humanité) :  alors sans doute, lui est-il parfois plus facile de dire, avec détachement et honnêteté, à la façon d'un Jean Teulé.

 " Il y a plein d'écrivains qui écrivent aussi bien, voire mieux que moi et qui ne connaissent pas ce succès. Ce métier est injuste ! Il se trouve que je suis du bon côté de l'injustice, et ça me va très bien."

mardi 27 février 2018

Halide ou Deux bouleaux sur un plateau des Monts Aladaglar


" L’horizon commence à mes pieds,
Et rien ne le limite ."


Elle vécut dix ans sous la tente maternelle, dix ans à jouer parmi ses frères, sœurs, cousins, cousines et enfants de voisins. On était pauvres dans ce village d’Anatolie, mais si riches de rires et du temps qui va sans fin. Sa mère la nomma Halide, ce qui signifie l’Éternelle. 

Son père, lui, ne rêvait que d’honneurs et de fortune. Lorsque, souvent, lui venait une colère, il jurait: c’est Aslye ( la Rebelle) qu’il eut fallu t’appeler ! Halide riait et faisait  rire sa mère.
Il lui trouvait ce père, - peut-on comprendre pourquoi ? -  quelque frondeuse tendance. Un jour, il l’emmena, au loin, après Sandikli, où s’ouvrent, infiniment grandes, les Portes du Sable, ’insondables déserts de pierres, d’eau bleu, de silice et de sel :

Là, l’horizon commençait à ses pieds
Et rien ne limitait plus ton regard.
Sable et ciel conjuguaient chacun à leur manière
L’ardeur éperdue d’un soleil pur.

Son père lui dit alors : « Lorsque te viendront les signes qui te feront femme, je te marierai à un homme riche de bêtes et de biens. Je t’ai promise depuis longtemps, tu seras sa perle de jeunesse et  l’honneur de ta famille. »

Pendant cinq ans Halide se souviendrait de cet instant, de cette étendue brûlante, sans commencement ni fin ;  là s’était mêlée son âme à l'immense, comme la fumée le fait au vent. Béni soit son père !  
Du désert lui viendrait un cœur chaud comme l’eau et le ciel de Sandikli, un cœur où se fondre, un esprit large où mirer le sien : comme s’enamoure d’un miroir, la beauté ; comme une eau fraîche épouse la terre brûlée. Ses rêves, chaque soir, ramenaient la jeune Halide aux Portes de sable, et elle y voyait avancer un homme, monté sur un cheval noir aux nobles caparaçons.   

L'horizon commençait à ses pieds
Et rien ne le limitait.
Sable et rêves coloraient
L’espoir d’Halide et les songes de sa jeunesse.

Lorsqu’elle fut, enfin, femme , devenue belle comme une grenade, son père lui présenta un homme : las, il était plus vieux que lui-même, emprunté de richesses, pour sûr. Mais surtout de poids. L’homme sentait le fumier de ses bêtes et le musc des troupeaux, il bavait gras en mangeant, riait fort et rotait en buvant.

Le rêve d'Halide mourait à ses pieds.
Rien ne lui promettait plus d’ailleurs.
Larmes et désespoir inondaient
Pour cent raisons, son tendre visage.

Alors passa par-là, Sevky, preux cavalier des Monts Aladaglar. Son allure chantait le courage et son nom, aussi. Il respirait l’amour et  disait sa liberté, la passion. Il croisa la belle Halide, éplorée au pied de la fontaine. Il lui tendit l’oreille, et le cœur, et puis la main. Halide hésita peu, monta en croupe et partit avec lui.

Leur voyage allait où les guidaient leurs pieds
Et rien ne les limiterait: ni ici, ni ailleurs.
Le vent et ciel couvraient leurs rires
Et bénissaient leur union.

Ils chevauchèrent toute une saison, vécurent heureux et libres sous le dais d’or du soleil et le bleu de l'azur. Dans les rudes Monts de l’Anti-Taurus, ils parvinrent. Sevky était bien pauvre. Un cheval ne fait pas une fortune. Mais ils s’étaient rencontrés à ses pieds, s’étaient unis de même, avaient eu faim ensemble et à l’automne suivant,  là, ils périrent, enlacés, serrés contre des flancs chauds de leur bête.

Le père, les frères et cousins d’Halide, mêlés aux sbires du vieil homme gras, venaient de les rattraper.
 Ils avaient bu, les pleutres: pour se donner quelque courage, parlaient d’honneur à blanchir, criaient vengeance, hurlaient au meurtre nécessaire, oubliaient jusqu’à leur folie honteuse : hommes devenus barbares, pour mieux perpétrer leur crime de lâches.

Neige et ciel couvrirent 
Leur ultime union, 
Où fut donc la honte ? 

De leur côté ou de ceux qui les tuèrent. Leurs deux corps reposèrent longtemps seuls, dans la plaine déserte, jusqu’à ce que ne poussent, pour leur faire un abri, deux troncs pour un même bouleau.
Et, chaque hiver quand siffle le vent et que de coton emmitouflent les plateaux de la blanche Cilicie, j’entends s’élever ce chant d’infini silence :


Rebelle Halide et preux Sevki,
En un seul arbre
 L’éternité embrasse la passion.




Ce texte où se mêlent prose et poésie est né de la rencontre de la Photo  de jean jacques Neste (les amis de la Creuse)proposée à la créativité des membres de l'Herbier de poésie, et s'est trouvé très librement inspiré par l'esprit du haïbun.
Ce texte a été influencé (inspiré?) dans sa thématique, par la nouvelle engagée de Karine Giebel : Aleyna ( à lire dans dans D'ombre et de silence) qui traite du honteux "meurtre d'honneur", encore trop en vogue dans bien des pays du monde; et parfois, dans quelques familles "folles",  jusqu'en occident.






mercredi 21 février 2018

Amants de brume



A mon épouse, sans qui ni ce texte, ni moi ne serions.
          
Chaque nouvelle année, quand poussent au milieu des pierres et des mousses, de tendres chiffonnades de pétales mauves, alors se lèvent deux ombres étranges et incertaines. Elles vont, dans les brumes et le halo de lumière sang et or des soirs d’hiver mourant.


 Ce jardin tout ensauvagé, est-il le leur, ou ne sont-elles qu’en visite ?

- Mais que dit donc ce vieil homme
À son octogénaire compagne ?
Il chuchote et elle lui sourit. 
- Qui es-tu donc, ô sénescent poète
Qui d’un mot sait créer un soleil ?

« T’en souvient-il, ma Mie, de ce bouquet de violettes odorantes ; je te l’ai offert un pâle matin glacé: le froid figeait le Pont aux Marchés dans une brume ouateuse, blafarde. Le soleil ne nous offrait plus qu’un halo jaunâtre. »

- Je les chéris, ces vieux tendres, quand ils vont presque planant. Noueux pourtant, et fragiles, dans cette closerie toute de murets et de pierres déchaussées.  Ils se réchauffent, dirait-on au soleil de quelque jeunesse.

 Assis sur un banc de pierre,
 Entré en vétusté depuis plus longtemps qu’eux,
 Ils demeurent, tranquilles.
Près du puits, leurs regards glissent sur la mousse, 
Vers un lit de verts tendres, semé de mouches parme. 

Les vieux amants se taisent depuis longtemps.  Ces deux-là guettent les violettes, qui dans les matins de l’hiver glacé, parsèment l’ombre mousseuse du puits séculaire et pourfendent les maigres gazons de leurs corolles froissées. 

"T’en souvient-il, ma Mie, de ce bouquet de violettes odorantes ; je te l’ai offert un pâle matin d’hiver : le froid figeait le Pont aux Marchés dans une brume ouateuse, blafarde. Le soleil ne nous offrait plus qu’un halo jaunâtre"

Humble, à leurs pieds, comme déposées, viennent là quelques fleurs, qui, chaque année, signent leur histoire et saignent  leur passé tendre, sur le tapis de mâche de leurs feuilles rondes. Elles leur sourient, graciles joues violacées de givre.

L’homme, tout tourné d’arthrose et de fêlures, dans un souffle de vent, - je l’entends ! -, glisse à sa compagne : 

« Te souviens-tu, ce matin-là ? La brume nous faisait un cocon de gaze ! Le soleil blafard ne perçait que d’un halo de citron glacé. Mais l’hiver n’y pouvait rien, nos cœurs étaient en flammes… De quelques fleurs que je t’ai alors, offertes … Dieu, ensemble, quel chemin, nous avons fait ! Nous sommes toujours là, et je t’aime encore!».

Sa compagne, toute embellie de silence,
 Se souvient, elle aussi :

« Combien de tourmentes, d’angoisses et de colères,
Et combien, pourtant, de bonheurs ! 
Tous vécus, cœurs et corps mêlés.
Et puis, au vent dispersé
Une dynastie, née de nos flancs ! »

Soudain les deux se regardent. Leurs mains et leurs corps se cherchent, Avec la lenteur d’une infinie tendresse ; et leurs yeux brillent de pépites mouillées !  Qui sont ces silhouettes d'ouate venteuse ?

Une légende court autour du vieux puits : 

Un vieil homme désespéré de voir sa compagne perdre,
Jusqu’au souvenir de son nom, y sauta avec elle.



                                                                                                               
             ©SergeDe La Torre


vendredi 8 décembre 2017

Le cercle


             https://plus.google.com/115399074888197986679 Arbre : oeuvre de Jamadrou

« Dans mon commencement, je m’achève ! », ainsi se dessine-t-il,
Le cercle de la Vie, dans lequel tout se manifeste et se vit
Cercle du ciel infini et de l’esprit, où nos existences, nos actions se ramifient
Prisonnières limitées dans l’air du temps et la finitude de la matière…
Cercle du devenir, du phénoménal advenir des vivants,
Espace, où l’homme se débat, où même, avec peine, de ses erreurs, il mûrit.
Homme- arbre : tes branches lentement, rejoignent tes racines.

Tu remplis ton espace, reçoit d'ailleurs  et puis redonne libre de limites.
 « Dans mon commencement, je m’achève ! »
Et si la vie est un terme où la mort est enclose, peut-être n'existe-t-elle pas.

                                            
             ©SergeDe La Torre

dimanche 12 novembre 2017

Mon tyran fou



Je suis un, je suis deux, finalement trois : aigrelet, égal et menu, je m’engrosse en fortes bourrasques ou, finalement fou, je vire en tempête, suis colère et monstrueuse cavale.
Eh oui, eh oui ! Riez ! Mais je reste trois : on me nomme Mistral.

Je vais sur la ville, emmitouflée de murs,
Resserrée en grappes de frileuses masures.
Espiègle et sautillant, je hâte mon chant de bises,
- Braves gens ! -, jusqu’à forcer vos allures.
Je vais sur les chaumes aussi,
Scalpe les frondaisons nues, libérant soudain mon cours,
J’ourle les courants d’air, de mes volutes sans substance,
Roule les nuages, jusqu’au tréfond de l’azur.
Bouche et cœur en avant, je chahute les jupes fines,
Les hauts-cols bien fermés, les foulards de soie.
Et jusqu’aux tendres bienheureux : tous, je les pousse d’un souffle.
Tel une alarme, une évidence à peine sentie, j’entre avec eux dans l’ailleurs :
J’éveille la folle imagination, je glisse sous leurs chapeaux, :
Je suis l’inspiration furtive, l’idée qui va et que rien n’arrête,
Ainsi, en un rien de temps, je rends chacun have et morose.
A présent gonflé, je serai demain le futur essoufflé.
Et finalement, je vous rends fou ! Bon peuple, lorsqu’en tempête, je suis colère et Cavale.
Eh oui, eh oui ! Je suis Mistral.

                           

Je dévale, embrasse le fleuve Rhône, et me précipite à la mer.
J’emplis, de mes langues multiples, la vallée, féconde, les vallons débonnaires ;
Déboule de ci, m’engouffre de là, ne reste, qu’à peine un moment, totalement coi.
Je vais dans les prés où, sous mon haleine, l’herbe ploie.
Je plaque l’habit du moine contre lui,
Et jusqu’à la feuille du charme au nez de la charmante,
Je fouille, de mes doigts curieux, jusqu’au-dedans des bois.
Vos haies, Humains ! je les contourne, je les plie et les rudoie.
A qui s’oppose, je m’élève droit ou me dresse en fléaux.

Et finalement, je rends fou, lorsqu’en tempête, je suis Colère et cavale. Eh oui, eh oui ! Riez ! Car je suis Roi et on me nomme Mistral.


Je suis tantôt, aquilon doux, ou feinte baratte,
Puis sous l’orage, je libère violent, mon courroux.
Tantôt je me lance, tout ignorant de ma force,
Il faut que l’on ploie sous mes nocturnes assauts,
Qu’on ne puisse m’oublier.
Rageur et féroce, je veux rendre cette nuit,
Ses rondeurs à la lune gibbeuse.
Dans le jour toujours trop court, je dicte la fuite des choses,
Je dis le risque de la perte, j’inspire l’éphémère,
Refuse aux amours de mourir de totale aisance.
Dans l’ombre de la nuit, je dépouille le faible
Et soutiens le fort. N’est pourtant pas fort qui croit,
Ne le devient que celui qui ploie.

Je force à la retraite, jusqu’à l’imprudent promeneur : je le malmène, le secoue et finalement le rends fou, lorsqu’en tempête, je mue en colère et cavale.
Eh oui ! Eh oui ! On me dit terrible : je suis le mistral

                             

Au sortir des glaçures, je cours dans la nuit,
Et furtif, caresse l’entour. En douceur,
Je flatte Dame Nature - toute en projet, toute en attente.
Je lève, aux matins, ses brouillards qui trainent,
Accrochent partout leurs duvets, réminiscences tardives d’un l’hiver trépassé
Je suis tendresse un temps. Mais parfois, fine lame aussi,
Castratrice, doucereuse et coupante :
Je me fais scalpel, chargé de dernières glaces,
Gonflé d’un reste de frimas, j’emporte en enfer :
Pétales naissants, promesses de fleurs, étamines et vigueur.
Je maintiens l’ivresse printanière dans ses solitudes.
En ses quartiers, ses frontières, je retarde l’assaut de la vie,
Dans ce dernier relent de fraicheur.

Oui, finalement, je rends fou, lorsqu’en tempête, je suis colère et cavale.
 Eh oui, eh oui ! sachez-le. Je suis Mistral... le puissant, l’infatigable…


En été, aux soirs, je comble la nuit sourde,
La punit de lourdeurs. Je la conjugue de chimères,
Donne l’illusion du frais, à mes inspires,
Pour ne que mieux, rependre mes touffeurs.
Comme de râpeuses langues mortelles, je traîne mes sécheresses :
Soulève le sable et la fine ramille. Je danse follet et toujours mène le quadrille, 
Y sèchent les corps en chaleur, y suffoquent les baigneurs.
Si j’ai pris quelque souffle, pris un peu de rigueur, déjà j’agace :
Je lave de mes insipides fraîcheurs, le poids du jour :
Je force à la petite laine qu’on enfile au matin et remet le soir encore.
Du soleil ? Il y en aura bien, mais toi, fol plaisancier,
En vain, tu en guetteras l’enlacement gours,
N’en goûteras que le désir, sans en jouir les douceurs.
Et à qui voulait la chaleur, j’impose l’attente !
À qui voulait la confortable tiédeur, je refuse le cocon !
Je tiens sous sa tente de pacotille le frileux campeur,
À qui l’on avait promis du rêve et qui n’en a que la rumeur.
Je le tiens derrière son muret, s’il voulait jouir sans pudeur.
Je suis le gendarme du temps qu’il fait,
Je presse sous ma loi le paysan, galérien de la terre,
Je porte rarement la pluie et plus souvent la refuse,
Humble, ce midi, je nettoie: il pleut sans doute ailleurs,

Je courbe jusqu’à leur ombre la gamme verte des feuilles.
Je vous rends fou, lorsqu’en sèche cavale, en tempête meurtrière, j’assèche et tue,
Car je suis Mistral et peux porter la Mort.


Elle vire déjà la feuille rousse,
Dans le jour devenu si court, je les vois,
Lumières de conscience, toutes faibles et pâlottes.
La bougie, dont s’éclaire le poète, s’étire et tremblote. 
          -   Écoute-moi dans ta nuit, veilleur assidu !
Car tu crois, m’avoir déjà, mille fois entendu ,
Or, je ne suis jamais ni semblable, ni le même :
Je m’égosille, je me déploie un moment,
Puis me retiens, me cherche des ardeurs nouvelles.
Dans les feuilles venues au bout de leur âge,
Je me trouve des emplois, je balaye.
        -    Accrochez vos linges, ménagères ! je suis sec : 
Vos brailles, vos chiffons, je vous les évente,
Ou les emporte ! Rien n’arrête une fièvre, rien n’endort mon respire.

Je veille même aux sourires des enfants :
Eux, du moins savent lancer dans mes courants,
L’oiseau à ailes d’hélices, le valeureux cerf-volant.
L’oiseau le vrai, lui aussi, vole indifférent, plane, migre, monte et descend.

Mais demain, promis ! j’aurai cœur moins bon,
Je soufflerai sans raison, et chargé de pluie, tout du long,
Car je suis fort et fou, je tempêterai en cavale, je m’appelle Mistral.


Quand tout glace - et jusqu’à la lune-,
J’attise le froid, rend la nuit pure aux étoiles,
Aux rêveurs devant la cheminée qui rougeoie.

Au feu, je suis le souffle qui l’inspire, et lui donne sa voix.
On me craint, on tremble même à mon approche.
          -  Dehors, tout tiendra-t-il ? Murs et bois?!
La branche de l’arbre qui vieillit ? Qu’en sera-t-il de la tuile ?
Ou bien encore de l’ardoise du toit ?
Faudra-t-il ou pas, sortir affronter les grands froids ?

Elles leur vont comme des injures gelées, mes bourrasques, mes braillées,
J’ai charrié, dans mes reins, jusqu’à la neige des montagnes.
Pas un, qui ne veuille s’abriter,
Pas un, qui ne préfère la couette ou le feu du salon,
Je souffle : misère ! Alors, partout, j’enfle les congères.
Je donne ventre à la peur et parfois sème la mort.
Je suis couteau, et violente glaçure ;
Je crie dans les branches, mais trouve tout vide,
Je cherche fissure. Partout m’engouffre et me faufile.
Ne rencontre jamais que désert, manque ou pas mes cibles, …
Et termine : finalement las, me retire….

Allez, hommes du Sud, pour un temps, osez croire que je ne suis pas !
Croyez que vous êtes, vous les rois !
De mistral, sinon votre poète écrivant Mireille, il n’en est qu’un et c’est moi !


Serge De La Torre
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